jeudi 27 mars 2008

Daisy Town

Le Cambodge est probablement le pays le moins développé de ceux que nous avons vus jusqu'ici. L'infrastructure touristique est par conséquent moins développée, ce qui signifie que visiter autre chose que Phnom Penh et les temples d'Angkor est plus compliqué. Non seulement le transport peut être plus difficile, mais les attractions sont plus subtiles. Nous avons tenté deux incursions en régions moins fréquentées, l'une dans le sud et l'autre dans le nord-est, avant de nous diriger vers le plat de résistance de l'Asie du sud-est, Angkor.
Le sud : Kampot
Située à 150 km de Phnom Penh, c'est-à-dire 4 heures d'autobus semi-climatisé, Kampot est une petite ville (village) riveraine reconnue pour son poivre. Du point de vue touristique, il n'y a rien à faire à Kampot même. L'intérêt est de visiter l'ancienne station de repos de Bokor. Construite à 1000 mètres d'altitude dans les montagnes par les Français au temps de l'Indochine, Bokor est maintenant une ville fantôme. Après une heure de montée dans la jungle, assis à l'arrière d'un pickup, nous arrivons dans cette station déserte. La brume qui est apparue en altitude ajoute à l'ambiance, bien qu'elle nous coupe complètement la vue sur l'océan. Le plus impressionnant est de se promener dans le Bokor Palace, ancien hôtel aux airs du film The Shining. Malgré les nombreuses grottes présentes dans cette région, nous ne nous sommes pas attardés davantage à Kampot. Retour vers la capitale!


Le Bokor Palace en train de se faire absorber par la brume

Le nord-est : la province de Ratanakiri

Nous n'étions pas certains de vouloir se rendre jusque dans le nord-est du Cambodge. Premièrement, il fallait faire 635 km pour se rendre à Ban Lung, la capitale provinciale, le tout sur ce qui était qualifié de rough road par la brochure touristique prise à Phnom Penh. En plus, il ne semblait pas y avoir tant de choses à faire pour justifier un aller-retour de 10 heures sur une rough road... D'un autre côté, se rendre dans le Cambodge profond serait sûrement une expérience plus authentique que de visiter les temples d'Angkor. Ne sachant vraiment pas que faire, nous avons décidé de laisser le hasard décider et de tirer à pile ou face... ce qui est plutôt difficile au Cambodge puisqu'il n'y a pas de pièces de monnaie. Une chance qu'internet existe: nous avons pu trouver un site qui nous permettait de tirer à pile ou face. Ouf! Le hasard a décidé que nous tentions notre chance!

Parenthèse ici pour vous transmettre l'état d'esprit dans lequel se trouvait Julie au moment de s'embarquer sur le bus pour 10 heures. Au fil de notre voyage, nous avons rencontré de nombreuses voyageuses qui arrivaient du Cambodge et nous racontaient que les autobus ne s'arrêtaient pas toujours dans des endroits où il y a des toilettes. "Et puis?" se demandent alors les membres de la gent masculine. Pour les femmes, c'est toujours plus complexe, quoiqu'un bon buisson assez touffu pour camoufler est toujours pratique. Le problème, c'est qu'au Cambodge, on ne s'aventure pas dans les buissons sur le bord des routes, tout simplement pour éviter de poser le pied sur une mine... Comment les madames (et les touristes terrorisées) font-elles pipi? Tout simplement en s'accroupissant, (c'est drôle ce mot-là) alignées sur le bord du bus, les fesses à l'air. Dans sa pudeur légendaire, Julie présentait un niveau de stress important, qui s'est évaporé lors du premier arrêt... dans un restaurant avec une bonne vieille toilette "turque". Fin de la parenthèse, dont l'issue est heureuse.

Onze heures après être partis de la capitale, après un trajet beaucoup moins dur qu'appréhendé (seulement 3 heures sur des routes en terre), nous arrivons au coucher du soleil dans une ville qui rapelle le far west des film de cowboys : Nic et Julie à Daisy Town. La rue principale est en terre d'un brun rouge rappelant la couleur et la consistance de la poudre da cacao. Cette terre fine se soulève en nuage au moindre véhicule qui passe et retombe sur toute la ville, s'engouffre par toutes les ouvertures pour teindre Ban Lung et ses habitants d'une couleur de chocolat. On se croirait quelque part dans la chocolaterie surréelle de Willy Wonka. Même les arbres autour de la ville sont bruns!

Downtown Ban Lung en fin de journée

Le plus intéressant de notre séjour à Ban Lung à été notre excursion de moto dans la région. Un peu comme avec les Easy Riders au Vietnam, nous sommes partis en moto avec un guide et son frère pour visiter la région. Le mot route semble ici inapproprié pour décrire les endroits ou nous sommes passés. Nous avons traversés des plantations d'hévéas (arbre à caoutchouc) et de cachous en empruntant des chemin cahoteux recouverts de la même poussière chocolat qui semble s'envoler juste à la regarder. Nous sommes allés jusqu'à un village de mineurs qui creusent le sol autour de leur maison pour trouver des pierre précieuses. Parfois ils creusent trop et le trou s'effondre sur eux nous dit notre guide. Dans ce village où il semble impossible de rester propre, nous avons l'impression d'être au tiers-monde pour la première fois de notre vie.


À la recherche de pierres précieuses en filtrant la terre. À voir le sourrire, la récolte devait être bonne ce jour-là

De retour à l'hôtel, nous sommes bicolores. La sueur et la crème solaire mélangées à la poussière ont formé un bonne couche brune qui recouvre à peu près tout notre corps et qui nécessitera plusieurs douches pour l'enlever complètement! En plus de l'expérience culturelle, la visite de plusieurs chutes et d'un lac très rafraichissant, la visite dans la province de Ratanakiri en aura valu la peine!


Deux tueurs en série? Non, deux touristes à moto au pays de la poussière...

dimanche 23 mars 2008

Phnom Penh

De Chau Doc au Vietnam, nous avons remonté le Mekong jusqu'au Cambodge. Nous avons terminé le trajet jusqu'à Phnom Phen en autobus qui, à un certain moment, a menacé de tomber en panne... le moteur manquait d'eau. L'arrivée au Cambodge s'est donc suprenamment fait sans heurt! Nous avions entendu beaucoup de commentaires peu encourrageants sur Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Nous arrivions donc avec notre lot d'appréhensions. Les bidonvilles côtoient les quartiers plus riches, des éclopés victimes des mines anti-personnel, des infirmes et des enfants à moitié nus errent dans les rues en tendant la main à tous les touristes. Mais en dépit de tout cela, c'est l'une des grosses villes qui nous a plu le plus depuis le début de notre voyage. Plus énergisante que Ventiane, moins étouffante que Bangkok, plus sympathique que Hanoi. Bref, malgré la chaleur étouffante, nous nous sommes tout de suite sentis assez à l'aise à Phnom Penh. Preuve qu'il faut toujours attendre de voir pas soi-même pour se faire sa propre opinion... Outre le Musée National, qui regroupe les plus belles oeuvres d'art de l'époque khmère (nous aurons vu les originaux avant de voir les répliques d'Angkor...) et le palais royal, Phnom Penh est le meilleur endroit pour s'imbiber de l'histoire tragique des Khmers rouges et du génocide.



Bâtiment du palais royal

Stupa, palais royal
Capsule historique, pour ceux que ça intéresse...

Dans les années 70, en plein au coeur de la guerre du Vietnam, les Américains (et oui encore eux, ils en font fait de la merde en Asie du Sud-Est!) ont entrepris de bombarder le Cambodge dans le but d'y éliminer des camps communistes vietnamiens. Évidemment, des milliers et des milliers de civils cambodgiens en sont mort, ce qui a aidé les Khmers rouges, armée communiste cambodgienne, à recruter de plus en plus de membres. On peut donc comprendre que les Cambodgiens ont célébré l'arrivée des Khmers rouges dans la ville de Phnom Penh en 1975, marquant ainsi la chute du gouvernement qui s'était allié aux Américains. Ce qu'on ne comprend pas, c'est que quelques heures après leur entrée dans la ville, les soldats, pour la plupart de jeunes hommes d'une quinzaine d'années, ont sommé tous les habitants d'évacuer la ville, prétextant un bombardement imminent des Américains. Enfants, personnes âgées, malades, infirmes, tout le monde a dû quitter la ville par la route la plus proche et se diriger vers la campagne pour travailler tels des esclaves dans les champs. À ce moment, les banques, l'argent et même la poste ont été abolis. C'est ce qu'ils ont appelé l'an zéro du régime. Derrière tout cela, Pol Pot, un homme et son rêve fou de créer une société où la majorité des gens travaillent dans les champs, où il n'y a pas de monnaie et où seule une certaine forme de troc est permis. Tous les opposants suspectés au régime (incluant une bonne partie des intellectuels du pays, ainsi que des membres des Khmers rouges...) étaient emmenés dans des prisons spéciales, torturés puis finalement emmenés dans des champs où on les tuait d'un cou de massue derrière le cou pour épargner les munitions. Ce sont ces champs où ils ont trouvé les restes de milliers de personnes qu'ils ont appelés les killing fields.
L'un de ces killing fields, Choeung Ek, se trouve à Phnom Penh. Nous n'y sommes pas allés, mais avons décidé d'aller voir l'une des prisons où étaient emmenés les prisonniers, Tuol Sleng ou S-21. C'est de toute évidence l'une des visites les plus troublantes de toute ma vie. La prison était située dans une ancienne école, vous pouvez donc imaginer l'ambiance qui y règne. Des salles de classes transformées en cellules minuscules où on peut encore apercevoir des traces de sang, ancienne balançoire transformée en instrument de torture où ils suspendaient les prisonniers... Des 20 000 prisonniers qui y ont été emmenés, seulement 7 en sont sortis vivants. Les Khmers rouges gardaient des dossiers et sur chacun des prisonniers. Les photos de plusieurs prisonniers sont exposés, hommes, femmes, enfants, bébés, vieillards... Suite à ces années de bombardement et de génocide, la population du Cambodge serait passée de 8 à 6 millions...


Prison S-21, salles de classes transformée en cellules

J'en entends déjà certains dire que c'est vraiment déplacé d'aller visiter un tel site. Et bien je crois que pour essayer de mieux comprendre un pays que l'on visite, il faut essayer d'en comprendre les belles et les moins belles choses. Ce génocide fait partie de leur histoire et ils en portent encore les marques. Je ne vous cache pas que j'ai trouvé ça macabre, et je ne vous cacherai pas non plus qu'en écoutant notre guide nous dire que toute sa famille y est morte et qu'elle, séparée de sa famille, a survécu, j'ai ravallé mes larmes plus d'une fois.

jeudi 20 mars 2008

Méli-mélo vietnamien

Fidèles à notre habitude, voilà un méli-mélo de faits intéressants sur notre séjour au Vietnam!

-Nombre maximum de personnes permis sur une moto d'après la loi : 2
-Nombre maximum de personnes observés sur une moto : 6
-Chargements typiques observés sur des motos : poules, cochonets, meubles, boîtes, paquets de bambous de 3 mètres, réservoirs à propane.
-Deuxième place du concours des chargements les plus étranges observés sur des motos : un chauffe-eau.
-Première place du concours des chargements les plus étranges observés sur des motos : une vache!!!

-Au Vietnam, les billets abîmés de grosses coupures (100 000 dongs = 6 $ US...) ne peuvent être utilisés et doivent être échangés à la banque... avec des frais de 4000 dongs.
-Les plus longs mots vietnamiens n'ont que 6 lettres.
-Comment juger d'un bon restaurant d'après un Vietnamien? En regardant la quantité de déchets qui jonchent le plancher autour des tables. Comme les Vietnamiens jettent tout sur le sol, beaucoup de déchets veut dire beaucoup de clients, donc bonne nourriture
-Au Vietnam, 70% des gens porteraient le nom de Nguyen et 70% des gens ne paient pas d'impôts. Aucun lien entre les deux...
-Les Vietnamiens sont très travaillants. Une journée de 12 heures et une semaine de 6 jours semblent choses courantes.
-Quand on parle de la guerre du Vietnam à un Vietnamien, il nous répond : "Laquelle?" Ici, notre guerre du Vietnam s'appelle la guerre américaine. Parler de la guerre du Vietnam au Vietnam, c'est comme parler du pain français en France...

Nos impressions du Vietnam? C'est un très beau pays riche en attractions et probablement le plus intéressant des trois visités jusqu'ici. Il est facile d'y voyager, enfin si on suit l'itinéraire tracé pour les touristes. Si on veut en sortir, c'est cependant beaucoup plus compliqué et plus cher qu'en Thailande. Tout peut même s'organiser de la chambre d'hôtel : billet de bus ou train, visites, visa... Bref, de quoi devenir un voyageur paresseux. La grosse déception : les Vietnamiens. Nous en avons rencontrés de bien sympathiques, mais en général, le lien avec les touristes est purement mercantile. L'éternel sourire et gentillesse des Laotiens et Thailandais ne passent pas la frontière du Vietnam... Enfin, c'est ce qu'on a vécu.

Où sommes-nous maintenant? Nous avons remonté le Mékong de la ville de Chau Doc au Vietnam jusqu'a Phnom Penh, capitale du Cambodge. Il ne reste qu'un mois à notre voyage. Il ne reste qu'un mois pour que les 4,5 mètres (et plus...) de neige fondent!

Julie et Nicolas

mercredi 19 mars 2008

Dernière semaine au Vietnam

Notre aventure de moto s'est terminée dans la capitale des hauts plateaux, Buon Me Thot. De cet endroit, nous devions prendre un autobus de nuit jusqu'à Ho Chi Mihn Ville (Saigon avant 1975).

Bus de nuit, épisode 3: A new hope

Il ne restait plus d'autobus avec des couchettes, nous étions donc forcés de prendre un bus assis. De plus, nous partions de Buon Me Thot, ville ou nous n'avons croisé aucun occidentaux et où les gens se retournent sur notre passage. Nous savions que nous serions les seuls blancs, personne ne nous supporterait pour convaincre le chauffeur d'arrêter l'infâme musique. Nous nous disions quand même avec espoir qu'au moins dans un autobus assis, toutes les places sont de la même grandeur... Toutes, sauf cinq places dans le fond de l'autobus, dont nos deux places. Le chauffeur devait chercher une façon de se suicider à en juger par sa conduite, le sommeil a été très léger.

Saigon

Nous sommes arrivés à Saigon à 4h30 du matin, fourbus. Un taxi nous a laissés dans le coin des hôtels budgets, près d'un bar où des occidentaux finissaient la "soirée". Assis sur un petit banc dans la rue, nous avons pris un café sucré pour tenter de garder l'oeil ouvert jusqu'à l'ouverture des hôtels. Heureusement, vers 5h30 une dame nous a vus et nous a dit qu'elle avait un hôtel a trois pas d'où nous étions. La chambre était petite, avait une fenêtre qui donnait sur l'escalier, mais elle avait un lit, c'est ce qui comptait. À notre réveil, nous avons quand même pu constater que la chambre était propre et faisait bien l'affaire!

Notre dernière semaine au Vietnam a été guidée par deux forces: notre désir d'aller se reposer sur une plage et notre visa auquel il ne restait que 7 jours et que nous n'avons pas réussi à allonger (7 jours ouvrables pour une extension, quand même...). Cette dernière semaine a donc été condensée: tunnel de Cu Chi, deux jours dans le delta du Mekong et oh bonheur! trois jours de dolce vita à Phu Quoc, une île au large du Vietnam!

Saigon: 7 million d'habitants (officiellement en tout cas), 3,5 millions de motos. Traverser la rue quand 200 motos fondent vers nous peut demander beaucoup de courage, mais étrangement, la ville et la circulation nous ont paru moins cahotiques qu'à Hanoi. C'est sûr qu'il y a plus de motos, mais on voit moins de choses étranges. Personne ne transporte de chauffe-eau sur sa moto ici... Les vendeurs itinérants sont moins aggressants, un seul non suffit à s'en défaire.

Nous nous sommes éduqués sur la guerre du Vietnam en allant voir le musée de la guerre et les tunnels de Cu Chi, creusés par les Viet Congs durant la guerre d'Indochine et celle contre les Américains. 250 km de tunnels équipés de piège, de cheminées pour la fumée, de puits d'aération : ils se sont battus avec acharnement!


Ouille! C'est petit!



La partie la plus large du tunnel. Julie sue à grosses gouttes et ne peut croire que les Viet Congs s'y cachaient toute la journée et y trimbalaient des armes...

Le delta du Mekong nous a plutôt laissés sur notre faim. On y a vu un de nombreux marchés flottants où plusieurs bateaux s'échangent des marchandises tôt le matin. De l'eau, des cultures, des fruits en abondance, des maisons sur pilotis, voilà.

Marché flottant de Can Tho. Les gens accrochent les marchandises
qu'ils vendent sur des tiges de bambou.

Enfin le repos!

Après deux mois et demi de trotte ininterrompue, nous avions besoin de vrai repos, de quelques jours à ne rien faire, bref, on avait besoin de vacances dans nos vacances. Trois jours sur les plages quasi désertes de Phu Quoc nous ont juste donné le goût de rester trois jours de plus! Pas de visite de fabrique de sauce de poisson ou à la ferme de perles. Plage, baignade, une demi-journée de plongée et beaucoup de soleil ont été nos activités. Sans oublier nos 5 à 7 quotidiens au coucher de soleil sur la plage. On dit que Phu Quoc est comme les îles de la Thailande il y a 20 ans, si c'est vrai, la Thailande devait être tranquille en ce temps-là. La plongée nous à confirmé que le Vietnam n'est pas une destination pour les plongeurs: c'était bien, sans plus. Le Saint-Laurent est beaucoup plus intéressant (quoique beaucoup plus froid...)! Et on ne parle pas des Îles Similan en Thailande...



Plage quasi-déserte et 5 à 7 détente
Nic et Julie

jeudi 13 mars 2008

Easyriders

"Marmite!" m'a dit TinTin en me tendant un casque que j'ai enfilé. Nous avons aussitôt quitté Dalat pour une excursion de deux jours accompagnés de deux Easy Riders, Tin Tin et Phuc. Nous nous sommes mis à gravir les routes sinueuses vers les hauts plateaux. En entamant la descente, Tin Tin a coupé le moteur et nous avons filé, filé à travers l'odeur des pins plantés par l'état il y a de cela quelques années sur ces terres brûlées par le napalm où plus rien ne poussait. Puis les pins ont fait place aux plantations de caféiers en fleurs à perte de vue dont l'odeur rappelle étrangement celle du jasmin. Robusta, Mocha, Arabica. Plus d'un montagnard des hauts plateaux serait devenu riche grâce à ces précieuses fèves... On se remet à monter, une pluie fine se met à tomber. Le moment est parfait, c'est l'heure de casser la croûte. Pour la première fois depuis notre arrivée au Vietnam, on aura droit aux mêmes plats que les Vietnamiens : pas de menu en anglais où on trouve quatre fois moins de choix que le menu en vietnamien, pas de prix occidentaux. Le meilleur festin de notre périple au Vietnam nous aura coûté un peu plus de 3$. Un peu plus tôt, nous nous étions arrêtés dans un champ où des plants de fruits de la passion poussant sur des treillis étaient utilisés pour faire de l'ombre à d'autres cultures. Pour couronner ce repas, Phuc nous concocte un dessert en mélangeant la chair de quelques fruits qu'il y avait ramassés avec un peu de sucre. Divin!


Un chat s'endort dans les cocons d'un un atelierde production de soie
On se remet en route et Tin Tin s'arrête de temps à autres. Tantôt pour nous montrer la jungle qui tapisse les montagnes et qui s'interromp là où l'agent orange a consumé les arbres; tantôt pour visiter des villages de montagnards où l'occidental n'arrête pas souvent. Ici, les gens se retournent et nous envoient la main sur notre passage. "Hello! Hello!" nous crient les enfants à notre arrivée dans leur village, les yeux brillants. Ici, les touristes sont rares. Ici, le visage des villageois s'illumine encore quand on leur montre la photo qu'on vient tout juste de prendre d'eux.

Montagnarde

Les hauts plateaux, c'est un autre visage du Vietnam. Un visage que les touristes ne voient pas s'ils restent dans le circuit habituellement fréquenté. Un visage souriant, aux yeux curieux, mais aussi un visage pauvre. Pour bien des montagnards, le bien le plus précieux de la maison est la télévision. En apercevant une terre dont la végétation a été brûlée, Tin Tin nous apprendra que les montagnards ont du brûler la végétation pour avoir des terres à cultiver. Comme c'est illégal, ils ont dû le faire pendant la nuit. "Le communisme, c'est la pauvreté", nous dit Tin Tin...

Phuc et Tin Tin, pause cigarette et gingembre
Lorsqu'on se remet à redescendre, le paysage se transforme. Les forêts de bambous cèdent la place aux rizières à perte de vue inondées de soleil. Le vert vif des plus jeunes pousses côtoie le beau jaune chaud des grains presqu'à terme qui seront récoltés dans les prochains jours.

Rizières entre les montagnes

Mystifié par les grains de riz
Fin d'une premiere journée avec Tin Tin et Phuc. Marmite sur la tête, cheveux dans le vent, sourire aux lèvres.



mercredi 12 mars 2008

Nha Trang à Dalat

Bus de nuit: deuxième épisode

Nous avons pris un bus de nuit, encore, entre Hoi An et Nha Trang (se prononce gna chang). L'aventure a été similaire à la derniere fois, bien que différente (same same but different comme on dit ici). Pas de musique insoutenable toute la nuit, car nous sommes allés voir le chaffeur en groupe pour qu'il l'arrête. Moins de popcorn... Malheureusement, nous sommes entrés parmi les derniers dans l'autobus, donc nous avons eu des lits de taille asiatique. J'ai dû dormir en "Z" et j'ai dû déplier Julie en sortant de l'autobus.

Nha Trang

Située sur le bord de la mer, Nha Trang est une destination de plage et est aussi la principale destination de plongée du Vietnam. Pour 10$, nous avons eu le penthouse d'un hotel avec une terrasse et la vue sur la mer. Malheureusement, le temps nuageux nous a empéchés de voir le lever de soleil sur la mer de Chine.

Avides de plongée, nous avons fait un petit tour à l'une des nombreuses boutiques de la ville, où l'on nous a dit: "Don't expect too much"... Ouin... En plus, l'une de nos connaissances de Hoi An (notre petite bande de Hoi An s'est retrouvée à Nha Trang par le même bus de nuit) a fait deux plongées et nous a confimé que ça ne valait pas la peine. Tant pis, on se reprendra ailleur! La plage étant hors de question à cause des nuages et la plongée tombant à l'eau (hahaha), nous nous sommes loués une moto pour se promener dans la ville, et nous nous sommes permis le luxe de se baigner dans des sources thermales un peu à l'extérieur de la ville. Quand nous avons eu la moto, le réservoir était presque vide. Nous demandons au proprio de l'hôtel où nous pouvons faire le plein et il nous pointe une direction en nous disans "1 km". Nous roulons, nous roulons, pas l'ombre d'une station service. Après avoir demandé à plusieurs personnes où nous pouvions trouver une station et ne comprenant jamais pourquoi ils nous envoyaient dans une direction où il n'y avait pas de station d'essence, nous avons finalement compris que les bouteilles de plastique remplies d'un liquide vert qui se vendent à presque tous les coins de rues ne sont pas là pour être bues... Si on veut un litre d'essence, on prend la vieille bouteilles d'eau d'un litre remplie de gaz et on la verse dans la moto! Nous qui cherchions une grosse enseigne et des pompes!

Nous ne nous sommes pas attardés plus longtemps que ça à Nha Trang et avons decidé de filer vers l'interieur du Vietnam, direction Dalat, capitale du kitsch.
Dalat
Située au milieu des montagnes, Dalat est une destination prisée des Vietnamiens, entre autres pour les sorties romantiques et les lunes de miel. C'est à Dalat que nous avons confirmé ce que nous avions déjà remarqué : les Vietnamiens aiment le kitsch, le quétaine, le clinquant, les brillants, enfin, vous comprenez. On le voit dans les temples, on le voit dans les clips vidéo, on le voit à Dalat! Il y a une mini tour Eiffel illuminée comme un arbre de Noël la nuit dans cette ville! Dalat est aussi le grenier à légumes et à fleurs du Vietnam grâce à son climat plus frais.

Nous sommes sortis du bus sous la pluie battante. Pas une petite bruine comme à Hanoi ou Hue, une pluie battante, la première vraie du voyage. C'est sous cette pluie en cherchant un taxi que Tin Tin nous a abordés (en français!). Tin Tin (Tien de son vrai nom) est un Easy Rider. Les Easy Riders sont un groupe de motards qui font voir l'arrière-pays aux tourristes à moto. Tin Tin nous suit jusqu'à notre hôtel et tente de nous convaincre de partir à dos de moto à travers les hauts plateaux du centre du Vietnam. En parlant un peu avec lui, on apprend un peu son histoire. Il nous dit qu'il avait 20 ans en 1975 lorsque le Vietnam du nord a gagné la guerre. À ce moment là, Tin Tin étudiait dans un collège français à Dalat. Son père était officier dans l'armée du sud et à cause de cela, il a été forcé d'arrêter ses études. "Si le sud avait gagné, je serais probablement ambassadeur aujourd'hui!" nous dit-il. Il conduit plutôt une moto et promène les tourristes dans les hauts plateaux autour de Dalat.

Une fois la pluie cessée, nous risquons une promenade dehors. Quelle surprise! Nous croisons seulement 4 autres occidentaux dans la ville. Pour la première fois, on est peu hors du circuit touristique, juste un peu. Les vendeurs itinérants vendent aux Vietnamiens??? Les seuls personnes qui nous abordent à Dalat sont les Easy Riders qui se cherchent des clients! C'est reposant ça. Qu'allons-nous faire, rester à Dalat quelques jours, ou se laisser tenter par les propositions de Tin Tin?
À Suivre!

jeudi 6 mars 2008

Hoi An, le paradis des femmes...


Nous sommes arrives a Hoi An sous... le soleil!!! Enfin! C'est le retour des gougounes et de la manche courte! Il etait temps, car notre gilet chaud commencait a avoir besoin d'un petit lavage...
Consideree patrimoine mondial par l'UNESCO, Hoi An est une petite ville dont l'architecture rappelle un peu celle de Luang Prabang au Laos, soit d'allure coloniale francaise. Nous avons donc pris plaisir a parcourir les rues etroites de la vieille partie de la ville, ou les voitures n'ont pas le droit d'aller et qui sont donc plus paisibles.

Sous le charme de cette jolie ville (et de ses boutiques...) et heureux d'avoir retrouve le soleil, nous avons decide d'y rester quelques jours. Bon moment pour repeter l'experience de Chiang Mai et prendre un cour de cuisine! Encore une fois, nous nous sommes inscrits a un cours qui se deroule a l'exterieur de la ville et qui debute par une visite au jardin organique pour y cueillir les herbes, puis au marche pour acheter les autres ingredients. Nous avons cette fois concocte l'incontournable pho (soupe vietnamienne) , et ce du bouillon jusqu'aux nouilles de riz. Aussi au menu: salade de fleur de bananier, papaye et mangue vertes accompagnee de poulet roti, crevettes a l'ail et a la citronelle enveloppees dans une feuille de bananier, et poisson a l'aneth et au curcuma cuit dans un pot d'argile. De-li-cieux! Evidemment Nic a du subsituer plusieurs ingredients par du tofu et des pommes de terre. Nous y avons aussi fait la rencontre de Fayette, Americaine habitant Londres depuis sept ans ainsi que Markus et Sylvia, medecins allemands avec qui nous avons passe une bonne partie de notre temps a Hoi An. Nous avons ainsi pu organiser un tour prive aux ruines de My Son et etre les premiers a errer sur le site au lever du soleil. Quand on voyage a deux pour une longue periode, ca fait toujours du bien de rencontrer des gens avec qui on s'entend bien et de partager des repas animes de discussions. Heureux hasard : nous avons tous quitte Hoi An le meme jour, dans le meme bus (de nuit avec couchettes... ahhhh!) et poursuivre nos rencontres quotidiennes a Nha Trang, ou nous sommes maintenant.



Degustant la meilleure pho jamais concoctee...



Emerveilles par les ruines de My Son...
L'une des attractions incontournables de Hoi An : les boutiques ou l'on peut se faire faire du linge sur mesure au prix de l'Asie... le paradis des femmes! Ils peuvent vraiment faire n'importe quoi, du pantalon le plus simple a la robe de mariee en passant par le tailleur, et cela en une journee. On peut meme leur apporter notre vetement favori ou une photo d'un vetement qu'on desire et le tour est joue! Et evidemment, le tout pour une fraction du prix qu'on paierait au Quebec. Je pensais sincerement etre capable de resister, mais c'etait sous-estimer le pouvoir de Hoi An et de ses inombrables boutiques qui exposent leurs produits sur la rue! Je me suis effectivement laissee prendre au jeu (et Nic aussi!) et je dois avouer qu'on a eu bien du plaisir a choisir les tissus et les coupes, ainsi qu'a aller a nos seances d'essayage et d'ajustement! Pour ce qui est de la qualite, on verra bien! Acheteuses compulsives s'abstenir, ou bien il faut aussi s'acheter un sac supplementaire pour transporter les achats...

Jeune profesionnelle dynamique

Quelle belle doublure!
Jusqu'ici, et ce pour plusieurs raisons (temperature, rencontres, boutiques de vetements pour Julie...), Hoi An est notre coup de coeur vietnamien!


Julie et Nic

Hue sous la pluie

Hue aurait surement pu etre une ville agreable a visiter si nous avions eu du beau temps. Malheureusement, la temperature etait froide et pluvieuse. Nous avons quand meme brave les intemperies et visite l'impressionnante citadelle dans laquelle se trouve une autre citadelle dans laquelle se trouvent les ruines de la cite imperiale interdite. La pluie et le froid nous ont cependant mine le moral et meme les delicieux plats fumants et epices de notre souper au restaurant indien n'ont pas ete suffisants pour nous remettre d'aplomb. Heureusement que notre chambre avait la television et Discovery Channel...
Nous avons decide de ne pas nous laisser abattre pour notre deuxieme journee: puisqu'il ne pleuvait pas, nous avons loue un scooter afin d'explorer les tombes imperiales autour de Hue. Alors que nous filions vers notre destination a la vitesse grisante de 25 km/h, une dame vietnamienne sur une moto arrive a notre hauteur et commence a nous parler en anglais. Apres nous avoir demande d'ou nous venions et ou nous allions, elle nous dit qu'elle habite pres d'une des tombes et qu'elle peut nous montrer le chemin. Un peu mefiants, nous acceptons l'invitation en nous disant que nous n'avons qu'a rebrousser chemin si elle nous amene n'importe ou. Apres une vingtaine de minutes de route, elle s'arrete et nous dit que nous sommes presqu'arrives a la tombe et que sa maison n'est qu'a un kilometre. Elle nous invite a y venir avant d'aller a la tombe. Apparemment, sa fille etudie les langues et parle francais et anglais. Nous pensons plutot qu'elle a une boutique de souvenirs ou un restaurant et qu'elle veut nous y amener. Nous insistons donc pour aller a la tombe tout de suite, surtout que nous sommes dans un quartier residentiel et qu'il ne semble y avoir aucune attraction touristique autour. Un peu decue, elle accepte tout de meme en nous disant que nous pourrons passer a sa maison apres. Quelques centaines de metre plus loin, nous apercevons une tombe! Quelque peu rassures, nous decidons d'aller prendre le the chez elle avant d'aller faire notre visite. Arrives a sa maison, nous sommes encore plus rassure lorsque nous constatons qu'il n'y a ni restaurant ni boutique de souvenirs. En prime, elle a vraiment un fille qui etudie les langues et qui parle un anglais impeccable et un francais impressionnant. Nous avons donc passe au moins deux bonnes heures a discuter de choses et d'autres avec Vi. Elle nous a meme donne un cour d'introduction au vietnamien et nous avons pu constater qu'elle ferait un excellent professeur. Tout cela est tres interressant et j'etais sur le point de leur dire que c'etait agreable de rencontrer des Vietnamiens qui nous parle pour d'autres raisons que nous soutirer de l'argent d'une facon ou d'une autre. C'est a ce moment que la mere commence a parler en vietnamien a sa fille, l'air un peu impatiente. La fille semble un peu mal a l'aise, et au bout d'un moment commence a nous dire que les etudes qu'elle fait coutent 50$ par mois, ce qui est tres cher pour des vietnamiens, surtout que lorsqu'elle commencera a travailler, elle ne fera que 50$ par mois comme salaire. Hmmm, nous voyons ca venir maintenant. "Pensez-vous que vous pourriez me donner un peu d'argent pour payer mes etudes?" Ca fait deux heures que nous discutons et elle est tres sympathique. De plus, nous avons le coeur tendre, alors nous lui donnons un peu d'argent! C'est la que ca devient un peu frustrant, la mere nous dis: "Ca ne paie qu'une semaine...". Un jour, peut-etre rencontrerons-nous des Vietnamiens qui nous parleront sans arriere-pensee...

Meme si toute cette discussion n'etait peut-etre qu'une strategie pour nous faire payer des frais de scolarite, l'experience a ete vraiment enrichissante. Le Vietnam est theoriquement un pays communiste/socialiste, mais en pratique ce n'est pas le cas. L'education, bien qu'encouragee par le gouvernement, n'est pas gratuite et les services de sante non plus. Outre pour un probleme grave, les gens ne vont pas consulter un medecin mais vont directement consulter les pharmaciens pour acheter un remede (tout est en vente libre ici et ceux qui travaillent dans les pharmacie n'ont que pour seule formation l'apprentissage aupres d'un autre "pharmacien"). Tout ca nous rapelle que malgre les apparences, le Vietnam est encore un pays pauvre.




Une partie de la tombe imperiale de Minh Mang. La "tombe" est plutot un complexe funeraire contenant plusieurs batiments.



L'entree de notre repas de cuisine imperiale de Hue


Nic et Julie

L'autobus de nuit

Et oui, nous sommes toujours vivants, meme apres le trajet d'autobus entre Hanoi et Hue. C'etait notre premiere experience d'autobus avec couchettes et malheureusement pas notre derniere... Cette cruelle invention qu'est l'autobus avec couchettes consiste en trois rangees de couchettes sur deux etages. Comme les couchettes sont de tailles variables et souvent trop petites, il vaut mieux arriver tot pour pouvoir choisir sa place. Heureusement, pour cette premiere fois, nous avons pu choisir des couchettes de taille occidentale nous permettant de dormir les jambes depliees, ce qui n'etait pas le cas de tous les passagers. Voici l'horaire de notre trajet:

18h00: Entree dans l'autobus et choix des couchettes. Les Vietnamiens peuvent devenir assez violents dans une file en passant...

18h30: Apres avoir essaye plusieurs couchettes, nous choisissons des places assez grandes pour nous!

19h00: Enfin on part!!!

19h08: Pourquoi on arrete deja?!? Ah, d'autres passagers embarquent...

19h30: Voyons, qu'est-ce qu'on attend???

19h45: Eille ca va faire, on y va-tu!

20h00: Bon, enfin, on part pour de vrai!!!

20h05: Horreur, le chauffeur vient de debuter un video terriblement kitch de musique vietnamienne absolument insoutenable et en plus, le volume est "dans le piton".

20h10: Nic, absolument terrifie par le volume de la musique, mets ses bouchons, ce qui reduit le volume d'un niveau insoutenablement assourdissant a insoutenable.

20h15: Realisant son retard, le chauffeur "pese sur le gaz".

20h18: Rencontre avec les premiers trous. Le chauffeur "fourre les break". Julie malgre sa ceinture de securite, se retrouve en accordeon au pied de sa couchette.

20h18 et 10 secondes: Incapable de ralentir sa vitesse suffisamment, l'autobus passe en trombe sur les trous. Julie revole comme un popcorn dans sa couchette. L'epreuve de l'accordeon/popcorn se repetera a maintes reprises pendant le trajet.

20h30: Premier arret? On vient juste de partir???? Ce sera le seul arret ou les toilettes ne nous donneront pas la nausee.

22h00: Le chauffeur decide qu'il est temps de dormir, il ferme les lumieres mais laisse la musique et le video, toujours au meme volume.

22h??: On reussit a s'endormir. Tant mieux! La musique s'arrete pendant notre sommeil.

24h04: Pour une raison incomprehensible, la musiqe recommence, au meme volume assourdissant. Ahhhhhh!!!!! Nic devient fou et commence a se demander comment demonter le haut-parleur.

24h19: Nic decide d'aller demander au chauffeur d'arreter la musique. Il obtempere.

24h23: La musique recommence...

Bon, ca vous donne une idee. La musique a finalement arrete au courant de la nuit. Nous avons donc pu dormir jusqu'a 6h00, heure choisie par le chauffeur pour nous reveiller au son de la musique vietnamienne.

Le periple s'est termine a 8h30 a Hue, deux heures plus tard que prevu.


L'autobus a couchettes : invention demoniaque

Nic et Julie