De Chau Doc au Vietnam, nous avons remonté le Mekong jusqu'au Cambodge. Nous avons terminé le trajet jusqu'à Phnom Phen en autobus qui, à un certain moment, a menacé de tomber en panne... le moteur manquait d'eau. L'arrivée au Cambodge s'est donc suprenamment fait sans heurt! Nous avions entendu beaucoup de commentaires peu encourrageants sur Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Nous arrivions donc avec notre lot d'appréhensions. Les bidonvilles côtoient les quartiers plus riches, des éclopés victimes des mines anti-personnel, des infirmes et des enfants à moitié nus errent dans les rues en tendant la main à tous les touristes. Mais en dépit de tout cela, c'est l'une des grosses villes qui nous a plu le plus depuis le début de notre voyage. Plus énergisante que Ventiane, moins étouffante que Bangkok, plus sympathique que Hanoi. Bref, malgré la chaleur étouffante, nous nous sommes tout de suite sentis assez à l'aise à Phnom Penh. Preuve qu'il faut toujours attendre de voir pas soi-même pour se faire sa propre opinion... Outre le Musée National, qui regroupe les plus belles oeuvres d'art de l'époque khmère (nous aurons vu les originaux avant de voir les répliques d'Angkor...) et le palais royal, Phnom Penh est le meilleur endroit pour s'imbiber de l'histoire tragique des Khmers rouges et du génocide.

Bâtiment du palais royal
Stupa, palais royal
Capsule historique, pour ceux que ça intéresse...
Dans les années 70, en plein au coeur de la guerre du Vietnam, les Américains (et oui encore eux, ils en font fait de la merde en Asie du Sud-Est!) ont entrepris de bombarder le Cambodge dans le but d'y éliminer des camps communistes vietnamiens. Évidemment, des milliers et des milliers de civils cambodgiens en sont mort, ce qui a aidé les Khmers rouges, armée communiste cambodgienne, à recruter de plus en plus de membres. On peut donc comprendre que les Cambodgiens ont célébré l'arrivée des Khmers rouges dans la ville de Phnom Penh en 1975, marquant ainsi la chute du gouvernement qui s'était allié aux Américains. Ce qu'on ne comprend pas, c'est que quelques heures après leur entrée dans la ville, les soldats, pour la plupart de jeunes hommes d'une quinzaine d'années, ont sommé tous les habitants d'évacuer la ville, prétextant un bombardement imminent des Américains. Enfants, personnes âgées, malades, infirmes, tout le monde a dû quitter la ville par la route la plus proche et se diriger vers la campagne pour travailler tels des esclaves dans les champs. À ce moment, les banques, l'argent et même la poste ont été abolis. C'est ce qu'ils ont appelé l'an zéro du régime. Derrière tout cela, Pol Pot, un homme et son rêve fou de créer une société où la majorité des gens travaillent dans les champs, où il n'y a pas de monnaie et où seule une certaine forme de troc est permis. Tous les opposants suspectés au régime (incluant une bonne partie des intellectuels du pays, ainsi que des membres des Khmers rouges...) étaient emmenés dans des prisons spéciales, torturés puis finalement emmenés dans des champs où on les tuait d'un cou de massue derrière le cou pour épargner les munitions. Ce sont ces champs où ils ont trouvé les restes de milliers de personnes qu'ils ont appelés les killing fields.
L'un de ces killing fields, Choeung Ek, se trouve à Phnom Penh. Nous n'y sommes pas allés, mais avons décidé d'aller voir l'une des prisons où étaient emmenés les prisonniers, Tuol Sleng ou S-21. C'est de toute évidence l'une des visites les plus troublantes de toute ma vie. La prison était située dans une ancienne école, vous pouvez donc imaginer l'ambiance qui y règne. Des salles de classes transformées en cellules minuscules où on peut encore apercevoir des traces de sang, ancienne balançoire transformée en instrument de torture où ils suspendaient les prisonniers... Des 20 000 prisonniers qui y ont été emmenés, seulement 7 en sont sortis vivants. Les Khmers rouges gardaient des dossiers et sur chacun des prisonniers. Les photos de plusieurs prisonniers sont exposés, hommes, femmes, enfants, bébés, vieillards... Suite à ces années de bombardement et de génocide, la population du Cambodge serait passée de 8 à 6 millions...
Prison S-21, salles de classes transformée en cellules
J'en entends déjà certains dire que c'est vraiment déplacé d'aller visiter un tel site. Et bien je crois que pour essayer de mieux comprendre un pays que l'on visite, il faut essayer d'en comprendre les belles et les moins belles choses. Ce génocide fait partie de leur histoire et ils en portent encore les marques. Je ne vous cache pas que j'ai trouvé ça macabre, et je ne vous cacherai pas non plus qu'en écoutant notre guide nous dire que toute sa famille y est morte et qu'elle, séparée de sa famille, a survécu, j'ai ravallé mes larmes plus d'une fois.


4 commentaires:
Votre reportage est touchant. Ça nous rappelle les prisons sandinistes du Nicaragua, quoique c'était à plus petite échelle, mais l'horreur est toujours l'horreur.
C'est intéressant de voir que le Cambodge a l'air plus intéressant «en réel» que ce qu'on a pu en voir aux Grands Explorateurs.
Bonne fin de voyage! On a de plus en plus hâte de vous revoir.
Jean et Francine
Allo vous deux!
Super intéressants vos textes. J'ai voyagé bcp en ce matin de Pâques.
Je retiens particulièrement la balade en moto qui vous a permis sûrement de vous imprégner de la culture locale... sans artifice.
Aussi, je ne peux passer sous silence l'épisode des tortures et l'école... Peut-être allons nous trouver des choses similaires en Chine, Cuba avec le temps... Difficile de rester insensible devant tant de barbarie humaine.
Ici, tout est OK, l'appart ne s'est pas encore effondré sur le nôtre... en fait, il faudrait plutôt parler s'ensevelissement ... de neige.
Xavier
Bonjour à vous deux,
Votre reportage nous a renversés, nous sommes tous deux bouleversés. Raymond a même les larmes aux yeux.
C'est vrai que c'est assez incroyable de penser que l'homme peut être si cruel avec les siens.
J'imagine que vous avez eu de la difficulté à vous en remettre.
On t'a parlé tantôt Julie et ça nous a fait du bien. C'est vrai qu'on a vraiment hâte de vous voir tous les deux. Et on a hâte de vous écouter en détail.
Ici il fait assez frois (- 20 avec le vent), mais on s'habille. Je m'étais acheté un chapeau de paille, mais je crois que je vais le mettre l'an prochain.
On vous suit à la trace et on aime beaucoup.
On vous embrasse fort fort tous les deux.
Mom et Dad XXXXXXXXXXXX
Tu sais Julie que tu as raté une carrière de journaliste? Raconter les choses avec émotions.
Merci.
J'espère que Nic a pris mon msg pour le contact du Tuk-Tuk à Angkor. J'espère que vous allez adorer les ruines. Tellement plus big que MySon.
Ah oui, ici, la grosse nouvelle de Pâques: Patrick Roy a demandé à son fils de battre le gardien des Sags. Une violente bagarre qui a fait le tour de l'Amérique depuis hier soir....
Bref: RESTEZ EN ASIE!
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